
Le 4 juin dernier, Lee Jae-myung du parti démocrate a été élu président de la République de Corée avec 49,42% des voix, contre son opposant Kim Moon-soo. En plus de sa victoire, Lee Jae-myung aura aussi le soutien de l’Assemblée nationale, dont son parti occupe la majorité des sièges.
Lors de son discours d’investiture à l’Assemblée Nationale, le président a évoqué plusieurs thématiques et futurs défis de sa présidence, insistant sur le renouveau qu’il incarnera dans son mandat et l’importance de l’unité de la nation.
“Nous nous trouvons actuellement à un tournant décisif. Nous faisons face à une crise complexe, comme un écheveau emmêlé de fils touchant tous les domaines : la vie des citoyens, l’économie, la diplomatie, la sécurité, la démocratie”.
Un discours qui critique l’ancien gouvernement et qui appelle au renouveau
“Peu importe qui vous avez soutenu lors de ces élections, mon rôle en tant que président sera de réunir et de servir tous nos concitoyens. Je serai le président pour tous.”
Dans les premières phrases de son discours, Lee Jae-myung a déclaré vouloir réunir la population et mettre fin aux divisions issues de l’ancien gouvernement, qu’il critique à plusieurs reprises dans son adresse.
En décembre dernier, l’ancien président Yoon Seok-yeol, en conflit avec l’Assemblée nationale, avait décrété la loi martiale, une loi qui accorde le pouvoir à l’armée et qui interdit toute activité politique. Cette proclamation avait provoqué un tollé de la part de la population et des partis politiques, et avait entraîné la destitution de Yoon Seok-yeol en avril.
“Il est temps de restaurer la sécurité et la paix, qui ont été fragilisées en devenant des instruments de querelles politiques. Nous devons remettre sur les rails l’économie et l’ordre public, qui ont été ébranlés par l’indifférence, l’incompétence et l’irresponsabilité (de l’ancien gouvernement) et remettre debout la démocratie, détruite par des chars et des fusils d’assaut,” a ajouté le président, faisant référence à la nuit où Yoon Seok-yeol avait fait recours aux forces armées pour empêcher les députés de se rendre à l’Assemblée nationale pour voter l’annulation de la loi martiale. Dans son discours, Lee Jae-myung s’est engagé à rétablir la confiance des citoyens et d’empêcher l’instrumentalisation de l’armée à des fins politiques.
Son allocution a été l’occasion pour le président de marquer la fin d’une période politique chaotique et de déclarer entrer dans une nouvelle ère de renouveau avec son gouvernement.
“A l’instar d’une rose de juin qui s’épanouit en cherchant la lumière, même sous un mur ombragé, notre peuple a su aller de l’avant, même dans la confusion et le désespoir. En prenant la volonté du peuple souverain comme boussole, nous avancerons, même s’il faudra gravir des montagnes escarpées et écarter des ronces et des épines”, a ajouté Lee Jae-myung, ne cachant pas les futurs challenges de son mandat. “Nous restaurons ce qui a été perdu (…) et nous construirons une société qui se développera de manière durable.”
Politique intérieure : pragmatisme et unité
“Le gouvernement Lee Jae-myung sera un gouvernement pragmatique, flexible et juste”, a décrété le président. “Je serai un président qui mettra fin à la politique de division, et nous surmonterons ensemble la crise en faisant l’unité de notre peuple une force motrice”.
Premier défi pour le président coréen : limiter les divisions dans un pays marqué par les clivages politiques et sociaux. En effet, le pays est profondément fracturé sous plusieurs niveaux, entre la gauche et la droite, entre genres, entre générations.
Le président a ajouté que son gouvernement emploiera non seulement des politiques du parti démocrate, mais aussi celles des autres partis : “si les politiques de Park Chung-hee* et de Kim Dae-jung* sont nécessaires ou utiles, mon gouvernement les utilisera sans faire de distinction”.
Priorité à l’économie coréenne
Depuis quelques années, l’économie coréenne connaît un fort ralentissement et constitue une problématique centrale pour les Coréens.
Dans son discours, Lee Jae-myung a annoncé faire de l’économie nationale sa priorité : “je suis déterminé à livrer une bataille contre la récession et à immédiatement travailler avec mon gouvernement pour instaurer rapidement des mesures économiques d’urgence.”
Il s’est engagé à des investissements de grande ampleur dans les secteurs de haute technologie tels que l’IA ou les semi-conducteurs. Par ailleurs, face au réchauffement climatique, le président a déclaré favoriser une transition vers les énergies renouvelables.
“Je ferai de la Corée un pays où la culture s’épanouit. Mon gouvernement promouvra la croissance des entreprises culturelles de notre pays. En soutenant activement l’art et la culture, la Corée deviendra une grande puissance capable de redéfinir les standards internationaux et nous nous hisserons au rang des 5 principales puissances mondiales en matière de soft power.
Politique étrangère : un défi d’équilibre entre les puissances
En ce qui concerne la politique étrangère et la sécurité, Lee Jae-myung a mis en avant une approche pragmatique centrée sur l’intérêt national.
“Sur la base de notre lien inébranlable avec les Etats-Unis, nous consoliderons notre alliance trilatérale avec les Etats-Unis et le Japon. Nous entretiendrons également des relations avec les pays voisins de manière pragmatique et en maximisant l’intérêt national.”
Parmi les “pays voisins”, Lee Jae-myung parle indirectement de la Chine, qu’il prend soin de désigner par un terme vague. En effet, peu avant son élection, les Etats-Unis avaient clairement mis en garde la Corée de ne pas trop se rapprocher de la Chine, en guerre commerciale avec les Etats-Unis. La diplomatie américaine avait notamment défendu la Corée du Sud d’utiliser les Etats-Unis pour ses intérêts militaires (avec la Corée du Nord) tout en se rapprochant de la Chine pour des fins économiques.
Quant aux relations avec la Corée du Nord, le président privilégiera le dialogue tout en se préparant militairement : “grâce à un budget de la défense équivalent à deux fois le PIB de la Corée du Nord et notre alliance avec les Etats-Unis et le Japon, notre pays, qui est la 5ème puissance militaire mondiale, se prépare aux menaces nucléaires et aux provocations militaires nord-coréennes. En parallèle, nous ouvrirons la porte de la communication avec la Corée du Nord et nous établirons, à travers le dialogue, la paix sur la péninsule coréenne.”
En reprenant une citation du prix Nobel de la littérature, Han Kang “le passé soutient le présent, les morts ont sauvé les vivants”, le président Lee a terminé son discours “c’est à présent notre tour de devenir le passé et de sauver les générations de demain”.
Ainsi, la présidence de Lee Jae-myung sera chargée de défis, au niveau national ainsi qu’international. Le gouvernement devra rapidement établir des mesures pour améliorer une économie coréenne en berne et apaiser les divisions sociales. La Corée devra aussi trouver un équilibre dans les échanges entre les Etats-Unis et ses pays voisins. Enfin, la Corée continuera à renforcer ses points forts en matière de soft power et de technologie, tout en comblant ses lacunes notamment en développant la présence des énergies renouvelables.
Notes
*Park Chung-hee : ancien président de la Corée du Sud de 1962 à 1979 et militaire. Le pays a connu un essor économique sous son régime autoritaire.
*Kim Dae-jung : ancien président de la Corée du Sud de 1998 à 2003, connu pour avoir obtenu le prix Nobel de la paix pour sa “politique du rayon du soleil”, qui avait pour but de rapprocher les deux Corées.